maude maris

Fragments d’expositions

par Alizée Gazeau
2015

Maude Maris, Foyer / Galerie Isabelle Gounod

Dans le format paysage de l’huile sur toile Vestales, sept totems se dressent en quinconce les uns à côté des autres. Ils creusent l’espace de la toile en profondeur vers un horizon lointain, évanoui, leurs masses établies sur une surface opalescente. De l’objet initial récolté par Maude Maris et moulé ensuite avant d’être reproduit sur la toile, il ne reste que l’embaumement. La matière est tantôt sculpturale, striée, tantôt aplanie, drapée, et les textures amusent les sensations visuelles en déjouant les repères perceptifs et les points d’accroche de l’apparente réalité. Maude Maris absout la réalité quotidienne et utilitaire de l’objet pour n’en garder que sa forme comme substance primitive au déploiement de l’imaginaire. Les glacis et l’aspect lisse de la matière picturale donnent au tableau une lumineuse transparence qui fossilise dans l’espace les formes hybrides aux aspects organiques, aux allures minérales. Ces formes, constituées en binôme, seraient l’évocation des vestales romaines antiques, gardiennes du feu sacré de la déesse du foyer Vesta. La forme située en bordure gauche de la toile rappelle en matière une torche de bois, étendard de la flamme romaine. Le moulage situé à l’extrémité droite semble d’autre part évoquer le drapé d’une toge romaine. Ainsi, Foyer étant le titre de l’exposition, cette toile de grande envergure se pose en manifeste pour les oeuvres présentées à la Galerie Isabelle Gounod du 5 septembre au 24 octobre 2015.

Une autre toile, Rudiments, présente la structure élémentaire d’un abri rustique construit par la superposition d’éléments architecturaux. La composition et les couleurs plâtreuses fossilisent hors du temps l’idée d’une cabane en bois, où la lumière qui rayonne entre ses fondations, répartit  sous les formes de longues ombres rectilignes. L’intérieur de l’édifice est contenu en ses fondations même. Le travail d’archivage et de moulage en amont de la réalisation des peintures et partie constituante de l’oeuvre de Maude Maris, donne aux formes agencées entre elles, une plénitude et une ampleur qui confère à ce squelette architectural, la révélation de ses dispositifs internes. L’aspect externe des formes divulgue ce qu’elles contiennent en secret.

La composition de l’oeuvre Roma est d’une grande justesse. Lumineux en surface, les objets créent au centre de la toile, un refuge sombre où les ombres font s’entrechoquer entre eux les jeux de relief. On devine des vestiges de drapés antiques sous lesquels la peinture éclatante mauve, ocre, transparait et donne aux formes peintes par Maude Maris l’amplitude du mystère qui entoure leur provenance. La scénographie onirique de ses oeuvres invite alors à la pérégrination, dans cette région secrète de l’imaginaire située aux frontières de l’Histoire, du souvenir et de l’enchantement.

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