maude maris

Art dans les chapelles

Échappées belles
par Alice Laguarda
2013

Les peintures de Maude Maris sont peuplées de formes mystérieuses oscillant entre végétal, minéral et objets de la vie domestique. Mais dans les toiles les plus récentes, quelque chose a changé. L’espace s’est ouvert et les couleurs artificielles employées par l’artiste (bleus verts, bleus, mauves…) sont devenues plus claires. La lumière irradie désormais les scènes, renforçant l’aspect étrangement charnel des formes et des objets représentés.
Pour la sculpture Élévation présentée dans la chapelle Notre-Dame du Guelhouit, Maude Maris établit un dialogue avec le lieu qui repose sur un principe similaire d’ouverture par des jeux d’échelles et de couleurs. La sculpture est constituée d’une structure en bois brut de deux mètres de haut, évoquant un échafaudage ou une architecture, qui accueille des formes en polystyrène coloré. Le dispositif fait écho à la voûte peinte de la chapelle, un ciel bleu parsemé de nuages stylisés. Les formes et les couleurs des plaques de polystyrène (bleu, vert, gris, orange) suggèrent qu’une diffraction des couleurs de la chapelle s’est produite, comme une peinture projetée, éclatée dans l’espace.
L’artiste s’inspire aussi des caractéristiques morphologiques de cette petite chapelle hexagonale, toute en rondeurs. Les formes en polystyrène, par leurs découpes, sont à la fois organiques et abstraites : peut-être sont-elles les sœurs lointaines des Constellations et Reliefs de Jean Arp et des papiers découpés de Matisse ? Installées de différentes façons dans la structure (posées à plat, debout ou en équilibre), certaines d’entre elles sont comme des fragments d’architectures.
La sculpture de Maude Maris repose sur un principe dialectique proche de celui qui est à l’œuvre dans ses peintures. La structure-échafaudage en bois brut est une grille, rationnelle, répétitive et régulière. Elle se distingue des formes en polystyrène, disparates, aux couleurs artificielles. Par leur disposition dans la structure, ces formes surélevées ouvrent à un autre niveau de sens, offrant une échappée vis-à-vis de la rationalité. Elles sont des réserves de significations à venir qui mettent en crise la rigidité et la neutralité de la structure-grille.
Cette dialectique renouvelle les interrogations de l’artiste sur les relations entre abstraction et figuration, peinture et architecture. Elle est aussi le gage d’une élévation, d’une émancipation. Au paysage naturel qui environne la chapelle et qui monte légèrement répond ainsi le mouvement ascensionnel des plaques de polystyrène posées sur la structure. Avec ces formes en suspension, prises entre ciel et terre, lévitation et chute, Maude Maris construit une percée dans un espace clos sur lui-même, dédié au recueillement. S’offre alors à nous le spectacle d’un monde matériel perpétuellement transformé et transcendé.