maude maris
2015

Foyer, I. Gounod gallery

by Nanda Janssen

For her second exhibition at Isabelle Gounod Gallery, Maude Maris presents her new project “Foyer”. In this new works , painting, sculpture and architecture are even more closely aligned. Her ideas in this respect are definitely not restricted to the canvas but will extend here in a scenography staged specifically for the gallery space.

Maude Maris makes a name for herself with her tranquil paintings halfway between landscape and still life.

Small objects found on flea markets or on the street are cast in plaster. By doing so the artist can manipulate the object, give room to the unexpected by allowing little ‘accidents’ to happen, and preserve the texture. Children’s figurines, the arm of a doll or statuettes of the Holy Virgin or the head of a dog, anything can offer an interesting shape. Maris is interested in the transformation of the object. Formal analogies are key: if the head of a dog is turned ninety degrees, it suddenly seems a molar; if a figurine is decapitated, it resembles a landscape; a dolls arm corresponds to a branch; Virgin Mary’s pleated dress to a rock. Very recently, the artist also casts natural elements that she gathers from her direct surroundings like small branches or stones. To complete it, she sometimes uses rocks or fossils directly, without casting them. In the paintings all these objects come into play: casted natural and artificial objects and real, natural objects.

Each painting is the result of an elaborate process: collecting objects, casting them, create a composition, photograph it and finally paint the photograph. Each step adds a new layer of distance and flattens the objects. This detachment is enhanced by the painting technique. The brushstroke is discreet and the objects are translated into artificial pastel colours. However, the palette is changing: black and greys have recently made their entrance. On the whole, the use of three-dimensional software in her early work has left its mark on her current work. It has caused this artificiality and a smooth and plain aesthetics. Maris applies the stroke, the shadow much used in computer programmes to suggest depth, to pin down the object in the undefined space.

At first the objects were depicted in a neutral, white room hinting to both the museum space and the living room, and thus to the sculptural or utilitarian function of the depicted objects. The space has opened up now that these three walls have disappeared. The (faint) horizon is the only suggestion of space. As a result the depiction floats between a landscape and a still life.

Clearly sculpture is very present in Maris’ work. Not only in the working method (the casting of objects) but in her subject matter too: the focus on shape. As said before, in her paintings the objects hover to and fro an autonomous, sculptural position and utilitarian use. Since 2010 the painted shapes have stepped out of the canvas and have materialised in real space. The recent solo show ‘Nemeton’ in Musée des Beaux-Arts in Rennes (2015) for example presents an installation( paintings and sculpture). Like her paintings, sculptures are made with an economy of means. The works in ‘Nemeton’ and in ‘Foyer’, Maris’ current solo show here at Isabelle Gounod Gallery, explore both the early beginnings of architecture.

The source material that inspired this new body of work are drawings from the Middle Ages to the eighteenth century that depict how nature lies at the basis of the Greek temples, for example tree-trunks became pillars by simply cutting off the branches; in the same vein abbot Laugier promoted in his ‘Essay on Architecture’ (1753) to renew architecture by returning to its origins, the publication contained an illustration of a primitive hut; and Mario Merz’s stone slab igloos underline the relation between architecture and sculpture. Maris mixes in her current work her interests in antiquity, prehistory, primitivism and even fantasy. Stones, rocks, branches, fossils and other shapes that are part of Maris’ vocabulary are stacked, piled and arranged in a simple and straightforward manner. The compositions evoke associations with Stonehenge, Greek temples, pyramids, primitive huts and fireplaces. Thus, with all these constructions Maude Maris shares with us the universal and primitive gesture of stacking.

2015

CP de Foyer, Galerie I. Gounod

La galerie Isabelle Gounod présente « Foyer », la deuxième exposition personnelle de Maude Maris qui s’est fait connaître à travers une peinture silencieuse, à mi-chemin entre paysage et nature morte. Un ensemble d’œuvres inédites a été conçu par l’artiste, où peinture, sculpture et architecture dialoguent intimement. Sa réflexion dépasse le périmètre restreint de la toile par le déploiement d’une scénographie pensée spécifiquement pour l’espace de la galerie.

La pratique développée par Maude Maris est singulière : de petits objets chinés sur les marchés aux puces ou trouvés dans la rue sont moulés en plâtre, ce qui permet à l’artiste de manipuler l’objet, de laisser place à l’inattendu et aux petits « accidents », tout en préservant leur matière.

Figurines d’enfants, ustensiles de cuisine, statuettes de la Sainte Vierge ou tête de chien, tout peut offrir une forme intéressante à travers la transformation de l’objet. Les analogies formelles sont décisives : en tournant la tête de chien de quatre-vingt-dix degrés, elle se transforme en dent ; si l’on décapite une figurine, elle devient paysage, le bras d’une poupée une branche, la robe de la Vierge un rocher. Plus récemment Maude Maris a commencé à mouler des éléments naturels qu’elle puise dans son environnement quotidien. En complément, il lui arrive d’utiliser directement des pierres ou des fossiles, sans les mouler. Tous ces objets entrent en jeu dans ses peintures, qu’ils soient artificiels ou naturels, moulés ou laissés comme tels.

Chaque œuvre est le résultat d’un processus élaboré : réunir les objets, les mouler, créer une composition, la photographier et finalement peindre à partir de la photographie. Chaque étape ajoute un nouveau degré de distance, lisse les objets et crée un détachement que renforce la technique picturale. Le coup de pinceau est discret, les objets représentés dans des couleurs artificielles aux tonalités pastel. La palette évolue cependant, avec une récente apparition de noirs et de gris. L’utilisation à ses débuts de logiciels 3D reste aujourd’hui perceptible dans le travail de l’artiste, empreint d’une artificialité et d’une esthétique lisse et minimale. Maude Maris suggère la profondeur et fixe l’objet dans l’espace indéfini en reprenant l’ombre caractéristique des logiciels informatiques.

Dans un premier temps les objets étaient représentés dans un espace blanc et neutre, celui de l’espace muséal ou du salon, renvoyant ainsi à la fonction sculpturale ou utilitaire des objets représentés. La pièce s’est ouverte depuis que les murs ont disparu, et l’horizon flottant suggère à lui seul l’espace. La représentation oscille alors entre paysage et nature morte.

La sculpture est indéniablement présente dans le travail de Maude Maris. Non seulement dans sa méthode de travail (le moulage des objets), mais également dans le sujet qu’elle traite : l’objet, entre position sculpturale et fonction utilitaire. Depuis 2010, les formes peintes sont sorties de la toile pour se matérialiser dans l’espace réel, à l’exemple de l’installation qu’elle a réalisée pour son exposition personnelle « Nemeton » au Musée des Beaux-Arts de Rennes (2015). A l’instar de ses peintures, les sculptures de Maude Maris sont réalisées avec une certaine économie de moyens. Les œuvres présentées dans les expositions « Nemeton » et « Foyer » explorent toutes deux les fondements de l’architecture. Cette nouvelle série a été inspirée par des dessins allant du Moyen-Âge au XVIIIe siècle, décrivant la nature comme genèse de l’architecture des temples grecs, l’arbre devenant pilier une fois ses branches coupées. Parmi ses sources on trouve également les écrits de l’Abbé Laugier, qui dans son « Essai sur l’architecture » (1753), suggérait un renouveau de l’architecture par un retour à ses origines, ou les igloos en pierre de Mario Merz qui soulignent la relation entre sculpture et architecture.

Maude Maris mêle ainsi dans ses dernières œuvres des influences issues de l’Antiquité, de la Préhistoire, mais aussi du fantastique. Les pierres, cailloux, branches, fossiles et autres formes qui composent le vocabulaire de Maude Maris sont empilés, accumulés et arrangés de manière simple et précise. Ces compositions évoquent à la fois Stonehenge, le temples grec, la pyramide, la hutte primitive, le foyer ; elles révélent leur agencement commun par le geste primitif et universel de l’empilement.